La suite de notre série signée Bass Blender.

Burn in September‘30’ l’histoire de Bernard Retrand

 

Ce samedi, épisode 2

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Chaque année, Bernard Retrand s’organise avec France TV pour se dégager le planning le plus aéré qui soit durant la période de l’Oktober Fest. Traditionnellement ce festival s’ouvre à la mi-septembre, et entre deux captations des chiffres et des lettres Bernard profite depuis déjà deux semaines de sa notoriété davantage remarquable ici qu’en son pays. Si en France on connaît Bernard Retrand pour animer les chiffres des chiffres et des lettres depuis l’orée de sa vingtaine, 1975 est aussi l’année de son premier succès au concours de pinceau-moustache 50Mètres. Cette discipline consiste à tracer au sol une ligne discontinue de mousse de bière les bras dans le dos, juste par l’artifice des bacchantes. Sa moustache, véritable pinceau-roi ici, y a été primé de nombreuses fois, 75’ premier sacre, 24 titres en une quarantaine de participations, sa légende s’écrit par les neuf derniers consécutifs, mais Bernard vient de rater sa décima, pour peu, et remet en cause les aspects figés de sa subjectivité. En ce 30 septembre 2017, médaille d’argent, Bernard accuse réellement le coup et a déjà bu ceux de trop... Paëlla elle, est aussi sur le festival, et n’a pas assisté à la débandade de son frère ivre des veilles, la culture de la défaite entraînant sa déchéance, elle lui a lâché la grappe depuis quelques jours déjà, et l’entrevoit sporadiquement. Qui plus est, est accompagnée par son new boy Jean-François le technicien coauteur de la bio sur son frère, et ils ont mieux à faire, genre butiner de la pils, des tours de grande roue, ou participer à des bourrées bavaroises, plutôt que d’avoir à subir le spleen inchassable du bro, devenu chiant comme jamais auparavant, et ça encore, ça n’est rien comparé à la jalousie inadéquate dont il les a rincés nuit après nuit. Par-dessus ça, il a arbitrairement arrêté de faire la promotion de sa biographie afin que pâtisse Jean-François des retombées économiques. Il n’en parle plus à personne, lui qui ne faisait que ça ces dernières semaines, Jean-François s’étant bien gardé de lui dire qu’il n’était pas commissionné sur les ventes, et que le cachet qu’il a touché servirait essentiellement à voyager avec sa bien-aimée. Si l’orgueil, l’égoïsme, la jalousie, entre autres, dans des mesures savantes peuvent être salvatrices voire constitutives de l’équilibre, en l’occurrence la maladie cuite à l’étouffée que Bernard a laissé mariner sans jamais s’y confronter tourne à la cocotte-minute proche d’exploser à tout moment alors que, raisonnablement, cet antagonisme n’a pas lieu d’être. Si tout porte à croire que Jean-François aurait caché la soupape sous la soupière, il n’est qu’un prête-nom de ce malaise, n’importe qui s’entichant de Paëlla aurait engendré pareille situation. Au-delà de l’aspect incestueux, l’immaturité sentimentale de Bernard a éclaté au grand jour à tous deux, constamment à vouloir mettre en porte à faux Jean-François, ce dernier d’abord naïf, puis patient, finit par ouvrir les yeux et ceux de Paëlla sur la situation méphitique tout en gardant un calme alcyonien. La distance est donc la sentence salutaire, de toute façon, fâché avec tout le monde depuis que personne n’a voulu comprendre sa blague « La Trump Tower, c’est l’Empailleur State building ! » Bernard continue ses deux quêtes, trouver Paëlla pour lui dire que tout ça est allé trop loin, et quelqu’un d’assez génial pour comprendre le ressort de sa blague.

- Mais c’est pas drôle non plus ça.

- Ah ouais, monsieur et madame Pulamerde ont un fils, ils l’appellent Jean-François, c’est pas marrant tu crois ? Et vous ?

- Bah nan, t’en veux une qui marche ? Tiens, monsieur et madame Merci ont deux filles ?

- Ha bah Paëlla et Jean-Françoise !

- Non, Michelle et Jackie.

- J’ai pas compris pourquoi vous trouvez ça drôle. De toute façon j’ai tout gâché, j’ai perdu le concours, j’ai perdu ma sœur, alors au moins j’espère qu’elle est heureuse avec son connard même pas riche, en plus il est laid faut arrêter de me mentir. J’aimerais bien savoir ce qu’il a de plus que moi, qu’est-ce qu’on en a foutre qu’il ait écrit « Le Titanus à Florence, y’a pas que la mafia qu’a la braise aux fesses » ? Un chef d’œuvre de mon boule oui ! Déjà Florence c’est au beau milieu de l’Italie, donc ça m’étonnerait qu’il y ait un port, hein ? Hé revenez, hé si vous croisez ma sœur dites-y que j’ai dit ça pour rigoler et que je le pense pas dans le fond, hé !..

- Gentleman please, can we do a selfie ?

- Self high, selfish même combat, t’as vu Paëlla ? Nan, alors barre-toi !

Fâché on vous dit. Certes, Bernard n’est pas le seul à ne plus avoir la fraîcheur des premiers jours, et au fur et à mesure que ceux-ci passent, les inconnus qui déambulent et avec lesquels on trinque le sont de moins en moins. Force est de constater que, plus les jours passent, plus Bernard s’inscrit dans le registre de la défiance. Il en découle que ses acolytes quasi tous alcooliques, se branchent de plus en plus, à son endroit, sur celui de la méfiance. Bernard erre de tente en tente à la recherche désespérée de Paëlla qui ce matin, juste avant la finale du 50M Pinceau-moustache, lui a annoncé son intention de prendre la clé des champs quant à leur union de cohabitation vieille de 34 ans, dur dur. Dans de parfaites conditions morales et psychiques, cette course ne peut lui échapper. Depuis midi, en conflits ouverts vers tout, Bernard cultive les vertus de l’absence et de l’absinthe, et ce n’est pas de notre ressort ni de nos ressentiments de vous livrer qui de ceux-ci expliquent cela. Bernard s’en veut toujours même si pour le moment, il a oublié qu’il a insinué que sa sœur était une vierge caduque et une connasse gravide. Il est avec sa brouette, l’âme vacuiteuse, quand SURPRISE en les travées de ce dernier week-end de l’Oktober Fest, Ariel Bourrin-Plat tombe nez à nez sur son comparse de quasi toujours.

- Oh ! Ho ho Bernard ! Alors quoi, tu dors ?

- Rhôô…

- Ben alors tu fais la sieste avant ta finale, sacripant va !

- Oh Ariel, mais qu’est-ce tu fous là, quelle finale ? Est-ce que Mitch Stachmann a été disqualifié, tu sais ?

- On s’est mis en route depuis l’Haÿ-les-Roses ce matin, on vient d’arriver, et toi ca va ? Tu fais un truc étrange avec ton œil.

- Et Mitch ?

- Mitch quoi ?

- Hé Ariel, toi, écoutes-moi. La Trump Tower, ça va devenir l’Empailleur State Building des États-Unis ! T’as le truc ?

- Mais non ca peut pas.

- Mais si ! C’est une blague internationale.

- À moins qu’ils la rasent…

- Parce que nous, on ne dit pas empire avec l’accent.

- Bah ton œil empire là, tu vois ? Tu n’arrives pas à faire le point on dirait, c’est rouge quand même, il est piriforme.

- Hé Ariel, j’ai perdu…

- Oh !

- Si. Tu sais ce que ça veut dire ?

- S’ils rasent l’Empire State Building, Trump peut rebaptiser sa tour, mais historiquement ça fait mauvais genre.

- Moi je vais raser ma moustache.

- Et la tour de Trump rebaptisée Phare à faux set ?

- J’avais dit que si j’échouais, je la coupais.

- Parce que set en tennis ça veut dire manche, ça c’est une blague internationale, excuse-moi Bernard.

- Mais c’est pas drôle, empailleur ça, ça marche ! Putain, mais ta vanne de Drôles de dames, elle ne fera jamais rire personne. Pour l’Empire State Building ce qui marche c’est le jeu de mot avec l’artisan d’épouvantails, t’es conne ou quoi ma pauvre !

- Va chier Bernard. Bon, nous on va continuer notre tour, oh en fait, on a croisé Paëlla, elle nous…

- Paëlla et Jean-François ?

- Oui. Elle nous a dit que comme elle ne te trouvait pas, elle avait laissé les clés de la BM à un certain Mitch Stachmann que tu connais apparemment, aussi elle nous a confié au soin si l’on te croisait de t’informer qu’elle décollait avec Jean-Francois pour Örebro depuis Munich et qu’elle rentrera chez vous un peu avant les fêtes, c’est bien ! Tu fais une de ces têtes mon pauvre… Jamais, depuis qu’on se connaît, tu ne m’as parlé ainsi. J’en déduis que ça ne doit pas être le bon moment, mais il faudra qu’on reparle de ces noms d’oiseaux péripatéticiens dont tu m’as invectivé, allez…

- Si tu recroises Paëlla, dis-y que Mitch Stachmann a mis mes clés dans son cul pour m’humilier car je lui ai dit que s’il faisait ça ce serait lui qui serait humilié.

- Ce n’est ni une raison pour me traiter de conne, ni une raison pour faire la sieste dans une brouette, ce ne sont pas tes bacchanales Bernard, c’est la fête pour tout le monde, t’es pas obligé d’être la pire épave sur le plan.

- J’ai perdu toutes mes affaires c’est vrai, mais la brouette je l’ai gagnée, ok ? C’était le prix pour la seconde place au 50 sache-le, putain Örebro sans déc’ ! J’ai mal quand je fais ça. Ariel, Arieeeeel !

Fâché on vous a dit. En dessous de tout, avec en tout et pour tout, deux sous-vêtements, Bernard passera sa nuit sous une tente, sous une table, soûl. C’est fâcheux me direz-vous, mais la situation est devenue tangiblement pénible en tanguant ces derniers temps, Bernard Retrand a l’amère et vague sensation de laisser échapper son histoire comme jamais auparavant.                                                                                                                                                                  

A suivre

Et le premier épisode c'était ici

Burn épisode 1 - cafardages

une bande-annonce en quelque sorte - nous avons le plaisir d'accueillir en "résidence" Bass Blender qui, on l'espère, ravira vos papilles littéraires avec son feuilleton : Burn September'16' l'histoire de Bernard Retrand Un samedi conditionné autour d'une interview en fin de matinée, Bernard et Paëlla Retrand vivent en compagnie l'un de l'autre jusqu'à s'y rendre ensemble.

http://cafardages2.canalblog.com