La suite de notre série signée Bass Blender.

Burn in November‘11’    

Histoires de Bernard Retrand

unnamed (2)

 

Si l’époque n’est pas à la panacée quant à la paix, on aurait (du moins localement) presque de quoi être plus serein qu’il y a un siècle où nous étions à un an jour pour jour de l’armistice, et donc les deux pieds dedans… Si les aïeux paternels de Bernard Retrand parlaient allemands (c’était le genre de bons boches toujours partants pour faire bamboches), ils n’ont, en revanche, jamais tenu de fusils, car alémaniques. Du côté maternel, italiennes sont les origines, d’où le rêve de la mère de Bertrand d’appeler sa fille Paola, et vous connaissez déjà la suite. Bertrand est donc le fruit d’un brassage de cultures, métissage à l’image de la majorité de l’époque, entre blancs quand les gens voulaient bien faire preuve d’un peu de largesse d’esprit. De nos jours (ou bien « au jour d’aujourd’hui » soyez vous-même), le mot métisse (qui a remplacé, à bonnet cyan comme disent les schtroumpfs, le terme de mulâtre, ben quoi ?) désigne le plus souvent la résultante progéniture d’un parent noir et d’un parent blanc, mais à l’époque d’Henri Matisse (le type a appelé ses enfants Marguerite, Pierre et Jean, alors qu’on ne vienne pas me dire que ce n’était pas un original, d’abord…) les moutards d’un dijonnais et d’une piémontaise par exemple, ou bien je ne sais pas, d’un grec avec une Malakoffiote, ils ont presque tous morflé du racisme des cinquante nuances du blanc, pendant qu’aujourd’hui ça passe comme un mail dans le wifi. De nos jours, si un Chibien et un Chiote veulent un môme, bah ils adoptent et puis c’est tout, ah en fait non, apparemment y a des homo sapiens qui légifèrent, et les homos ça coince, ah d’accord, l’éventail de solutions à ce problème à l’air décent dans l’air du temps… Ceci dit, aujourd’hui on entend parfois « Oh le beau petit métisse » (soyez vous-même, j’insiste) et j’vais me permettre d’émettre un avis : le métissage n’a jamais eu autant la classe qu’aujourd’hui, sinon peut-être quand s’encanailla homo sapiens (dans la splendeur de sa bonne foi légifère, justement) avec le gars Néandertal, ou plus probablement avec sa garce prognathe aux bourrelets sus-orbitaires. Mais revenons à notre mouton, Bernard Retrand n’en mène, mais alors vraiment, pas large. Seul chez lui, Paëlla n’appelle pas, avec l’intention de revisionner l’émission de mercredi dernier qui, selon certains, s’est mal passée. Son fauteuil étant le paquebot et la télé du salon serait l’iceberg dans la nuit. De toute façon, puisqu’elle n’appelle pas, le téléphone est décroché et le portable d’Ikzarhm est aussi éteint afin d’endiguer les sollicitations et autres échos dues aux récentes émissions, celles enregistrées depuis son retour de Bavière ont engendré des réactions allant de l’impertinence à l’hostilité, seul peut-être Nagwy se serait montré compréhensif dans son texto de soutien « le bon côté avec la part des choses c’est que tu arriveras peut-être à te la faire, courage ». Se faire la part des choses, Bernard s’en sent interlope, à l’image de l’état de l’appartement devenu sordide. Verre de bourbon en main, alors que la publicité pour le monte-escalier se termine, il s’enfonce un peu plus en son fauteuil, ça y est le générique part et dès les premières images la stupeur saisit effroyablement Bernard, direct il se dit que Maryse du maquillage aurait pu tenter quelque chose afin de ne pas le laisser s’afficher avec une demi-moustache. Encore, si ça n’avait été que ça… Elle est loin la légendaire classe alémanique.

unnamed (3)

_ Et Bernard comment allez-vous ? Un nouveau style dites-nous, qu’est-ce qui nous le vaut ?

_ Tout va bien Roland, laissez-moi vous signifier pour toujours l’incommensurable ravissement que j’ai à être parmi vous.

_ Ah oui d’accord, bon ça ne vaut peut-être pas la fête de la bière mais ravi que vous soyez avec nous cher Bernard, allez jouons maintenant que les présentations ont été faites, Madeleine et Kevin-Eudes j’espère que vous vous sentez prêts, bonne chance pour cette deuxième manche, c’est parti avec les chiffres toujours pour commencer. Le 7, 25, 3, 8, 5 et le 4, nous cherchons… 960, à vous, 40 secondes…

Facile pour Bernard de se mettre dans le bain. Vingt-cinq par huit par cinq font mille, et sept plus trois font dix qu’on multiplie par quatre font quarante que l’on retranche aux mille pour que le compte soit bon. Jusqu’ici et ça fait des décennies que cela dure, Bernard est serein… Et si à chaque fois une belle musique s’achève, c’est au plus près et si souvent parfaitement que Bernard, coruscant, guète le compte bon.

_ Madeleine ?

_ Le compte est bon.

_ Pour vous Kévin-Eudes ?

_ Idem 960.

_ Madeleine on vous en prie, allez-y.

_ Alors sept et trois, dix, par quatre, quarante. Huit divisé par cinq ça fait un virgule six, quarante auxquels je retranche un virgule six donne trente-huit virgule quatre que je multiplie par vingt-cinq. Et donc 960.

_ Bravo Madeleine, alors c’est vrai qu’on avait plus simple et qu’on n’a pas coutume de passer par les décimaux mais ce n’est pas trop mal. Kévin-Eudes lui aussi est passé par un calcul un peu savant…

_ Alors allons-y, à vous Kévin-Eudes !

_ Huit fois cinq, quarante, quatre fois quarante cent soi…

_ quatre fois qu’elle sort !

_ Pardon ?

_ Quatre fois qu’elle rentre quatre fois qu’elle sort, vous l’avez ? Hein ?

_ Alors Bernard on n’interrompt pas les candidats même pour un bon mot, reprenons Kévin-Eudes s’il vous plait.

_ D’accord, donc quatre fois quarante…

_ Quatre fois qu’elle sort sérieux ! Nan mais soyez sympas, personne trouve ça drôle, ça doit faire près de trente ans que j’attends pour faire cette blague, quarante qu’elle sort ! Mince, mais quel sort réservez-vous aux vraies blagues ? J’ai cru qu’on était dans le pur là, mais c’est juste un bide visiblement, d’accord c’est bien, c’est pas grave. Soit, bon tant pis, autant pour moi, allez-y pardon.

_ Donc cent soixante que je divise par trois nous donne, même si tout est révisable, cinquante-trois virgule trois trois trois trois trois à l’infini mais pas au-delà donc, vingt-cinq moins sept, dix-huit, que je multiplie avec mon cinquante-trois virgule trois trois trois trois…

_ Pas mal, alambiqué mais mathématiquement juste et c’est ce qui nous importe. Alors on pouvait faire plus simple, et on le sait car Lenny Kravitz l’a dit, de la simplicité né le génie, à l’image de ma blague d’ailleurs… Sinon, j’avais pour mon compte : huit fois cinq, quarante, quatre fois quarante quatre fois qu’elle sort…

_ Nan écoutez Bernard on ne veut pas savoir ! Passons aux lettres, nos deux candidats ont scoré ce premier coup de chiffres, Ariel à vous.

Salut lecteur, merci de ton addiction dès ce cinquième volet, et ce malgré les récents maux de crâne décimaux. Je me permets la digression mais le savais-tu ? Ce jeu est tellement chiant que ça ne peut qu’être l’unique raison de sa longévité nan ?

_ Attendez, déjà on se tape le délire sur Bernard Retrand et maintenant faut vous suivre aussi, ça devient malaisant là vous ne croyez pas ?

_ Excusez-moi mais c’est ma narration, vous êtes ?

_ Alors là j’en ai pas la moindre idée c’est vous dire si faut creuser, mais pourquoi franchir le quatrième mur comme ça ?

_ Mais parce que le mur dégagea, on va pas se lamenter, pis c’est vous qu’êtes malaisant à pisser dessus, on sait même pas qui vous êtes, et c’est quoi ce mot moderne à la con là, « Malaisant » ?

_ Moderne « mal-aisant » bah t’es beau, j’ai bien envie de reprendre ta chronique tiens.

_ Nan.

_ Ah ouais et tu comptes faire quoi, on pourrait voter après tout.

_ Nan, je veux tu t’en ailles et que tu ne reviennes jamais.

_ Et tu ne trouverais pas ça un peu dommage, tu sais qu’l’amour craint le doute et que cependant il grandit par le doute et périt dans la certitude.

_ C’est beau. Mais c’est de toi ?

_ Nan j’avoue, mais on a dit qu’on ne savait pas qui j’étais, par contre j’viens d’inventer : Les écrits restent des paroles sans vol. Qu’est-ce tu dis de ça ?

_ Bah si t’étais toujours comme ça, j’aurais bien aimé que tu restes.

_ Ok, je vais p’t-être rester mais y a surtout de grandes chances pour que j’m’en aille et que j’revienne si ça me chante tu vois ?

_ T’es badass un peu toi.

_ T’aimes pas malaisant et tu dis badass, tu sais quoi, j’me casse.

_ Vas-y j’l’ai fait exprès.

_ Attention.

_ Quoi ?

_ Si c’est pas vrai, je reste. En tout cas c’est la dernière fois, j’te préviens, déjà en préambule tu nous donnes ton avis sur le métissage qui serait mieux maintenant, ah, et aussi Dugenou, les schtroumpfs n’ont pas un bonnet cyan, ils sont cyans et ont un bonnet blanc.

_ Oui c’est ça t’as raison, toi aussi t’as un beau nez blanc et t’es bien chiant, t’as qu’à te barrer maintenant, et merci pour ce dialogue qu’a foutu un beau bordel alors qu’on était en pleine émission, déjà qu’on a cinq protagonistes, tu crois c’est facile hein ? T’es où ?

C’est moi ou il a fallu que je tombe sur encore plus cyan que ce jeu, il n’existe même pas le type et il cause au beau milieu de ma chronique, t’es là ? J’en étais où, sans déc’ fallait faire quoi pour être pénard en 2017 ? Bon je voulais juste vous dire que ça va faire bientôt cinquante ans que ça dure et c’est là la raison de ce qui va suivre. Revenons à la diffusion de l’émission, Bernard sait que son dérapage arrive à grands pas, sur le moment il ne s’en est pas vraiment rendu compte sinon il aurait pu s’arranger avec la régie, le mal est fait et diffusé…

_ Trois voyelles vous prie-je.

_ V, O, G, H, E, L, M, A, S, M.

Un nouvel appel à la prière retentit pendant une quarantaine de secondes. Peut-être, sûrement même, ce craquage ne serait pas advenu avec un autre tirage…

         _ Kévin-Eudes combien ?!

_ 6.

_ Madeleine ?

_ 8.

_ Avec allez-y Madeleine.

_ HOMMAGES.

_ Oui Madeleine bravo, et on vous en rend, des hommages, car en effet c’était le mot le plus long, on n’avait pas mieux bravo. Hommage qui, ab ovo, s’utilisait déjà comme une marque de courtoisie et de déférence mais surtout faisait cas du devoir qu’un vassal était tenu d’accomplir envers son seigneur, n’est-ce pas. Avec la notion de dévotion absolue, on peut même parler de soumission quant à l’hommage lige vous savez, il consistait, à genoux, à remettre ses mains en celles de son seigneur, c’était donc ab ovo, une parade d’allégeance tout simplement. Aujourd’hui est-il utile de préciser qu’on ne l’emploie qu’en d’autres encablures bien sûr, et souvent au pluriel comme vous l’avez fait Madeleine, Bravo.

_ Merci Ariel, bravo Madeleine ! Vous marquez seule.

_ On peut ajouter une pensée car c’est décidement l’émission des occasions qui font le larron faut croire, comme le mot est là et que nous venons de passer la Toussaint, ça m’inspire ces quelques vers d’un poème que j’avais composé et qui s’intitulait Hommages « En surfant sur le tilde tout au bout de l’openfield, on esquive celle qui rode en collectant des émeraudes, ma mie fais-toi coquette on va aux chiffres et aux lettres. Avant que le mal gâche, des lys boëttent, du lit t’arrache » J’aimerai donc dédier ce tirage à tous nos téléspectateurs qui nous ont quitté depuis le premier jour de notre belle émission, tous ces gens qui ont été des grands passionnés, de champions parfois qui ont su nous estomaquer, mais avant tout et pour tout nous aimer de cet amour qui nous anime et sans lequel nous n’animerions votre émission.

_ Merci Bernard, c’est bien joli, et nous saluons surtout les gens bien vivants qui nous suivent régulièrement. Vous devriez parfois vous inspirer un peu de Lenny Kravitz quand même Bernard. Bon allez ce n’est pas grave, un nouveau tira…

_ Aussi vous le savez, je m’occupe des chiffres ici, et donc j’aimerai ajouter que si je m’en tiens à l’algorithme de Nesper, on peut estimer ce nombre de téléspectateurs auxquels nous tenons donc à dédicacer ce tirage aux alentours des onze millions deux cent deux mille trois cents. C’est fou nan ?

_...

_...

_...

_... (Même Madeleine, sur laquelle une petite moue tarda)

_...

_ Personnellement ça me laisse ébaubi aussi, j’vois bien que vous êtes tous cois, c’est vrai c’est quasiment autant de téléspectateurs que pour un épisode de Navarro dans le ventre mou de l’audimat. Vous imaginez le nombre de Stade de France que ça rempli ?!

_ Non Bernard.

_...

_...

_ 140.

_ Oui Kévin-Eudes merci, merci pour eux.

_ C’est facile quand ça tombe rond.

 

À Suivre

Et si vous avez raté tout ou partie, rattrapez-vous ci-dessous 

Burn épisode 4 - cafardages

Burn in October'29' Histoires de Bernard Retrand Les unes après les autres, de leurs feuilles les arbres se départissent, les gens marcheront bientôt dessus la canopée fauve. Depuis la baie vitrée de l'appartement, Bernard observe les oiseaux dans le hêtre nu car mort, depuis longtemps déjà.

http://cafardages2.canalblog.com