La suite de notre série signée Bass Blender.

Burn in January ‘6’   

Histoires de Bernard Retrand

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Voilà le meilleur vœu qu’on puisse lui souhaiter, Bernard a fait le vide ces jours derniers, et si son séjour aux Maldives touche à sa fin, le teint est à l’image du moral, excellent. Être loin de personnes ayant un avis quelconque à son endroit ou son encontre lui a permis de décompresser de ces mois derniers chargés en émotions censurées. Le trop-plein, jusqu’à saturation, s’est encrassé au fur et à mesure des mauvaises nouvelles et décisions qui se sont amoncelées. Même la moustache et le bouc donnent à nouveau un rendu harmonieux, et ça, ça en dit plus long que n’importe quel sourire sur le visage d’un mioche qui arriverait sur une plage où des vestiges de châteaux de sable siégeraient. L’humeur redevenue égale, stabilité qu’il espère bien faire perdurer une fois réancré dans sa routine, normalement si bien appréhendée à force d’années d’expérience. La seule ombre réside dans la culpabilité d’avoir laissé sa sœur miroiter sans sa présence pendant les fêtes, mais bien que peu rancunier et malgré la velléité vengeresse qui l’avait mené ici faire un break, il déplore autant son choix qu’il le trouve juste, car Paëlla a joué les absentes pendant une saison et il trouve ça normal d’y montrer un peu ce que ça fait, le manque. Il n’y a pas de culpabilité heureuse, mais Bernard se dit que dans le meilleur des mondes, il aurait convié sa sœur à partager ce périple, enfin périple… Une fois arrivé à son hôtel somptueux, genre mieux qu’un confort à Koh Lanta c’est pour dire, Bernard est resté le rond vissé, soit à un transat près de la piscine, soit à son lit queen size devant la télé internationale. Quelle surprise de constater que son émission a fait des émules jusqu’en Asie. Le concept a voyagé jusqu’ici, comme quoi la charia n’interdit pas tout, et son homologue est digne, à son sens, bien qu’un peu timoré. Après son ultime sieste maldivienne, Bernard projette d’aller s’en jeter quelques-uns puis d’aller chanter tout au bout de la jetée, et s’il n’a pas été totalement ivre depuis son retour de l’Oktober Fest, la raison veut qu’il passe à l’acte car demain, aux aurores, il faut prendre l’avion et cela aurait tendance à le stresser un chouïa.

_ Hallo, bist du Barnard Retrande ? Oh la la ! Mais si c’est vous, vous permettez ?

_ Bonjour, oui j’vous en prie, c’est un comptoir public ma foi.

_ Oh la la enchanté, je suis ému, Andreas Koch mais vous pouvez m’appeler Dédé, ici c’est comme ça que tout le monde m’appelle, vous venez d’arriver ?

_ Ah bah non c’est mon dernier soir, je suis là depuis une quinzaine bien zen, mais je n’ai vivoté qu’entre ma chambre et le spa. Ceci dit, enchanté Dédé.

_ Vous allez nous quitter ! Mais quel malheur qu’on n’ait pas pu faire connaissance à votre arrivée, en même temps quel plaisir de vous rencontrer ! Je suis un curieux pardonnez-moi, mais, qu’êtes-vous venu faire ici ?

_ Je me suis fait un plaisir solitaire, je suis venu décompresser, j’ai pris des vacances loin de mes habitudes voyez-vous, et vous vous venez souvent aux Maldives ?

_ C’est bien les plaisirs solitaires, moi je suis inlassablement en vacances pourrait-on dire, quoiqu’au travail également perpétuellement. Laissez-moi vous dire qu’à mon sens, vu ce que nous sommes en train de boire, on ne peut pas considérer à proprement parler que nous soyons aux Maldives. Vous êtes français n’est-ce pas ?

_ Oui.

_ Selon vous, un Brésilien par exemple, qui atterrit à Roissy et file direct au Parc Mickey et qui se casse après son week-end féerique, il est venu en France ?

_ Je vois ce que vous voulez dire mais j’ai pas bien compris ce que vous faites ?

_ Je fais des passes en gros, à des gros souvent.

_ Ah…

_ Vous en voulait une ?

_ Non ça ne m’intéresse pas.

_ Je parle d’une cigarette, comme je m’en allume une je propose par politesse.

_ Oh non merci, j’ai arrêté.

_ Ah c’est bien, je ne sais pas comment vous faites, j’en suis bien incapable pourtant j’en ai le désir.

_ Ici on trouve encore les paquets traditionnels mais je ne sais pas si vous savez que chez nous les paquets c’est devenu Guernica. Vous savez, ça n’a pas été facile au début.

_ J’imagine.

_ Je n’y suis pas arrivé du premier coup, qui plus est, il a fallu que j’arrête pendant que ma sœur continuait, on vivait ensemble à l’époque. Quelque part, ce contexte m’a endurci pour ce combat, ce n’était vraiment pas facile, il a même fallu que je réapprenne à faire caca.

_ Ah oui ?

_ Bah oui, café plus clope ça fait aller. Quand on est fumeur et qu’on essaie d’arrêter, on est constamment en train de négocier avec soi-même. Il faut de la force de caractère, la volonté n’est qu’un concept, on peut tous y arriver, il suffit que son choix soit le plus fort.

_ Vous avez raison je crois, mais je n’écraserai pas ce clope en prétendant qu’il sera l’ultime. Cumuler les échecs ça abîme l’estime à force.

_ J’avais un coach personnel, il m’a appris à substituer ce plaisir coupable, c’est lui qui m’a insufflé le goût de la victoire dans la défèque.

_ Ah bon ?

_ Oui, c’est le bon leitmotiv pour atteindre son but, attention je sais que ce n’est pas facile mais tout le monde peut. J’ai rusé, j’ai dû utiliser des artifices, j’alternais Nicorette et Fucca. Ajoutez à cela que je suis un amoureux de la nature, vous saviez que ce sont vingt-sept mille arbres qui sont utilisés quotidiennement pour le papier water ?

_ Non, mais ça plus le papier des cigarettes, ça commence à faire dis donc.

_ Oui.

_ Tu es très pertinent mein Liebe, remarque beaucoup de gens font appel à l’hypnose pour arrêter, et vous ce coach qui vous a amené au succès vous l’aviez déniché comment ?

_ J’avais rejoint le groupe de parole de la ligue des PCF, c’est là que je l’ai connu.

_ Ah ouais.

_ Ouep, mais en écoutant leurs récits je me faisais tellement chier, mais tellement, que j’avais l’impression d’être un traître dans le fond. Du coup, j’ai pris mes distances avec les Personnes Constipées et Fières, mais je suis resté sous la protection de ce mentor, et voilà.

_ D’accord, et ça fait combien de temps de cela ?

_ Oh ça doit faire une quarantaine d’années.

_ Ah d’accord, en fait vous n’avez pas été fumeur longtemps si je comprends bien.

_ Nan, onze jours en tout, mais j’peux vous dire que j’étais bien accroché ! Enfin c’est vrai, c’est de l’histoire ancienne, le lycée, la pression de groupe, je voulais en mettre plein la vue tout ça…

_ Ouais.

_ Mais du coup, vous qui n’êtes plus en Europe, vous suivez les Chiffres et les Lettres sur TV5 ?

_ Les Chiffres et les Lettres c’est quoi ?

_ Bah le programme télé qui je co-anime depuis 75’ je pensais que vous m’aviez reconnu de part l’émission.

_ Et TV5 ?

_ Houlà, bah TV5 c’est une chaîne délocalisée je crois, j’sais pas comment bien vous expliquer mais j’ai juste fait une malencontreuse déduction, d’où me connaissez-vous alors ?

_ Je suis allemand, tout le monde chez nous sait qui vous êtes.

_ Ah, pinceau-moustache, vous savez que j’ai perdu cette année, enfin l’année dernière maintenant car cette année… En fait, je ne suis pas sûr d’y retourner.

_ Perdu, j’ai ouï dire que vous avez fini deuxième, je n’appelle pas ça une défaite, vous êtes un champion, j’avais jamais parlé à quelqu’un qui a votre niveau, votre palmarès parle pour vous. Pour les enfants vous êtes une légende, pour nous aussi d’ailleurs. On ne prive pas les enfants de rêver, un concours sans vous serait difficile à avaler. Le jour où vous arrêterez ça ne sera plus la même fête.

_ On verra, c’est sympa.

_ Mitch Stachmann, il a beau être de chez nous, c’est vous notre champion Barnarde. Allez trinquons, deux autres s’il vous plaît, c’est pour moi !

_ Aux aptonymes alors !

_ Qu’est-ce que c’est encore ça ?

_ Bah c’est vous, vous êtes un aptonyme.

_ Ah je suis plein de chose moi c’est vrai, mais ça je ne savais pas.

_ Vous vous appelez Koch et vous êtes gigolo !

_ Et ?

_ Bah votre nom est en corrélation avec votre fonction !

_ Corrélation ?

Des explications, des hydratations, un petit roupillon sans petit coup dans l’f… Puis l’hydravion d’un vol court pour rejoindre le Sri Lanka où Bernard fait escale en attendant son vol sec vers la France. Bernard a trop bu, mais c’est surtout ressasser le dernier championnat de Pinceau-Moustache qui lui a collé un spleen sévère. Aux deux-tiers du vol entre Colombo et Paris, l’avion rencontre un trou d’air et subit un décrochage. Bernard fait alors une peur panique bien que rassuré par l’ensemble du personnel naviguant, alors que les enfants arrivent à prendre sur eux, car coutumiers de ce genre d’incident, Bernard, les ongles enfoncés dans l’accoudoir et en la paume d’un steward effectue un cri strident proche de celui de la cocotte-minute, ce qui contribue à divertir les enfants qui se sont mis à le filmer quand sort un cri verbalisé débordant du tribunal de son for intérieur :

_ Bon d’accord c’est vrai je suis puceau et j’aime ma sœur !

Si cela expliquait ceci, nous aurions presque de quoi être rassuré. L’avion se stabilise et les gens se détournent de lui, ses proches voisins désireux de changer de siège négocient. Il faut parfois un long voyage pour s’avouer la vérité. La question que Bernard commence à se poser, c’est pourquoi lorsque ses vérités sortent, elles se retrouvent sur la place publique ? Il n’aura pas fallu le temps qu’il retrouve le plancher des vaches pour qu’à nouveau les réseaux sociaux jugent ses choix de cœur, surtout qu’il a le vent en poupe depuis que la presse fait écho du fait qu’il héberge Ikzarhm, ce dont il n’a pu mesurer l’ampleur car, dans un acte manqué, a laissé son téléphone à la maison.

À Suivre

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Burn épisode 8 - cafardages

Burn in December '23' Histoires de Bernard Retrand Paëlla rentre demain, et Bernard est un peu amer avec le côté elle propose, elle dispose.

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