La suite de notre série signée Bass Blender.

Burn in January ‘24’   

Histoires de Bernard Retrand

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Bonjour l’originalité ! Ce récit se déroule chez lui à Paris, Bernard vient de se lever, et quoi qu’il boit ? Bah un café, c’est comme ça. Les rideaux encore clos, il hésite à prendre connaissance du temps qu’il fait, à quoi bon, notre langue est si pauvre quand il s’agit de décrire ce que l’on perçoit des phénomènes météorologiques, pendant que les Inuits ont une centaine de mots pour parler des neiges. En altitude, il y a parfois cette brume qui n’en est pas, filtrant la lumière vive d’un soleil d’hiver, pouvant donner l’impression de flotter parmi mille fées. Bernard allume le poste de radio, achève sa tasse et ouvre les rideaux, et voilà, c’est exactement ça ! Combien de fois dans notre vie nous pensons à quelque chose et PAF ! Ça arrive. Les plus sceptiques diront onze fois, et heureusement pour les angoissés de première, ce n’est pas automatique. Ce phénomène lié à l’intuition manque aussi d’un nom, c’est comme pour le déjà-vu, une sorte d’anticipation. On nous cantonne à nos cinq seuls sens, car pour bon nombre, ils sont difficiles à ignorer, mais au-delà de ceux-ci, le psychisme nous révèle tant de choses que nous éludons à la légère que le temps finit par être soit beau, soit moche. Dans le quartier, errent donc parmi ce millier de fées et autres particules, des gens très fiers de s’être gentrifier. Ici, un gars clopant d’une main, tirant de l’autre comme un tyran la mimine de sa gamine, laisse supposer Bernard qui se demande quel jour nous sommes, qu’on doit être en semaine car elle a un cartable. Là, un ado dont le salut ne croît que par l’embourgeoisement croise, en l’arrosant de mépris non-verbal, un type engourdi ayant probablement passé la nuit dans le parc, on est sûrement mercredi matin car les gens dorment souvent dehors les mardis soir, en tout cas à Paris… Paris, bien sûr, c’est là que se déroule l’action du roman que Bernard a pondu d’un presque premier jet, bon c’est vrai qu’il débute avec son perso qui se lève et se sert un café, mais si Bernard est décalqué c’est parce qu’il n’a fait que ça ces derniers jours, l’écrire. J’entends déjà les plus probes d’entre vous dire qu’il aurait eu meilleur temps d’aller aux putes, mais il a privilégié l’art pour faire démentir les soupçons quant à sa virginité, en effet, « L’antépénultième du podium » est un roman d’amour dissipant tout les doutes quant à l’expérience de Bernard en la matière. Directement interpellé par la radio, Bernard se fige avant que ses fesses ne gagnent son fauteuil en rotin tasse vide en main : « …reusement qu’il nous reste Tesq ou encore Bernard Retrand car Charlie Hebdo est mort, voilà trois ans… Déjà ! Ô temps suspend ton viol. C’est en croyante insidieuse, poussée à bout par les tabous, que la camarde sniffa de nos meilleurs camarades. Que reste-t-il, in utero, de ce terreau sinon l’inouï de ce que peut-être l’état d’esprit, de quoi rendre jaloux n’importe quel adepte de la permaculture ayant forgé son compost apnée après apnée… » Son téléphone vient parasiter la chronique, Roland Méroujko s’affiche dessus. Parasite chronique dans lequel il est convenu de dire :

_ Allo ?

_ Bonjour Bernard, c’est Roland, tu vas bien ?

_ Salut Roland, oui ça va et toi ?

_ Très bien merci, dis-moi, je t’appelle car je voulais savoir si tu vas au pot de départ de Tesq ce soir ?

_ Ah j’avais complètement oublié mais sûrement pourquoi ?

_ Bah parce que je ne veux pas que tu passes un mauvais moment, disons qu’il y a des gens qui trouvent ça injuste que tu sois toujours en place alors que Tesq est viré, tu sais comment sont les gens, il se pourrait qu’il y ait un peu d’animosité envers toi…

_ Mais j’ai rien fait moi !

_ Disons que tu n’as pas fait de blague sur les femmes battues, sinon si, depuis six mois t’es infernal, tu déconnes plein pot, la dernière en date c’est cette vidéo où tu concèdes aimer ta sœur et être vierge…

_ À ce propos j’viens d’écrire un bouquin qui va dissiper tout les doutes, il est en correction chez mon éditeur qui m’a dit qu’il n’avait même pas besoin de le lire pour le publier, parait que j’ai la cote. J’ai déliré à cause du stress et de l’altitude, personne ne va croire que je suis vierge et que j’aime ma sœur enfin… J’aime ma sœur tout à fait normalement. Pis pour la vidéo dans l’avion, il y a à peine trois millions de vus, ça va. Alors comme ça au boulot y en a qui sont jaloux que je sois encore en place ?

_ Disons que les gens trouvent surtout que pour Tesq, c’est disproportionné, et du coup, ils trouvent que ça fait un peu deux poids deux mesures vu que niveau gaffes t’es pas en reste, du moins il trouve ça paradoxal.

_ Parce qu’héberger un migrant c’est une gaffe, ah bravo la gauche truffe, c’est quand même dingue ça !

_ À ce propos, tu continues ?

_ Euh, en fait ça devenait périlleux, quand je suis rentré des Maldives j’ai trouvé personne, juste un mot de ma sœur pour me dire qu’ils allaient dans notre villégiature de Mouilleron-le-Captif avec le chat et Ikzarhm, histoire d’être au calme, tu ne dois en parler à personne Roland.

_ Soit. Bon du coup je te dis à la semaine pro pour la captation des nouvelles émissions.

_ Pourquoi, tu ne vas pas au pot de Tesq ?

_ Bah si, moi j’y vais.

_ Alors à tout à l’heure Roland.

Deux poids, deux mesures, Bernard est choqué par cette interprétation, en mars ça fera quarante-trois ans qu’il est en poste aux Chiffres et aux Lettres alors que l’autre ne présentait son émission que depuis dix-sept ans, il n’y a quand même pas photo. Bernard n’a jamais fait à l’antenne des blagues du genre « le point commun entre la sodomie et les épinards, c’est que même avec du beurre dedans les enfants n’aiment pas ça… », pour lui il n’y a ni polémique ni paradoxe, et il trouve ça affligeant que certains de ses collègues se servent de ses petits déboires pour tenter de conserver Tesq. Après avoir longuement pesé le pour et le contre, en est ressortie la décision de ne pas aller à ce pot de pourris, mais Bernard sent qu’il va tourner en rond, autant tant qu’il était occupé à écrire son roman il n’a pas vu le temps passer, mais là… Il ne sait pas du tout comment meubler les jours à venir, et il serait peut-être temps de se rabibocher avec Paëlla, après une courte hésitation, il se décide à l’appeler.

_ Salut l’Frangin, qu’est-ce qui t’amène ?

_ Salut Paëlla, on tourne les prochaines émissions mardi et je m’ennuie ici, je me demandais si tu m’en voudrais que je vous rejoigne à Mouilleron pour le week-end ?

_ Bah avec plaisir, à condition que tu sois cool, car t’as été un peu con avec moi ces derniers temps, mais bon, on va pas se faire la gueule toute l’année donc ça pourrait être une bonne idée, en plus Ikzarhm sera content de te voir lui aussi, on est en train de faire un Scrabble, il pleut.

_ Nan tu as raison, faut qu’on arrête de se bouder, je serai cool promis.

_ En plus, si y en a une qui devrait encore faire la gueule c’est moi, pourquoi il faut que toute la France soit au parfum que tu m’aimes, les gens doivent croire qu’on est un couple ou qu’il y a quelque chose de malsain, ça craint, mais j’ai décidé de m’en foutre sinon on s’en sort pas.

_ Ouais, j’ai écrit un livre pour dissiper les doutes de toute façon. Je viendrai en train demain…

_ SQUATEUR !

_ Bah faudrait savoir ?!

_ Nan Ikzarhm vient de poser un Scrabble sur le Q de ma QUICHE, il est trop fort, mais c’est bon squateur c’est dans le dico, y a qu’un seul T ? Avec tout les dicos que tu as ramené du boulot, on n’a jamais été foutu d’en ramener un ici, le seul qu’on a date des années soixante, Ikzarhm est constamment en train de vérifier sur son téléphone.

_ Pas la peine, c’est pas bon, squatter c’est comme cutter, le verbe et le nom sont les mêmes, j’mets un dico dans ma valise.

_ Tiens bouge pas, y a Ikzarhm qui veut te parler, tant mieux si c’est pas bon car il est déjà en train de me la mettre bien profond, allez à demain…

_ Quoi comment ça ?! L’enfoi…

_ Salut Bernard !

_ Tu te tapes ma sœur ?

_ Ha ha ! Je ne sais pas ce qui m’a le plus manqué, toi ou ta parano, mais non, ne t’en fais pas, comment tu vas ?

_ Ouais.

_ Paëlla m’a dit qu’elle ne t’avait jamais battu au Scrabble, moi non plus je n’ai pas encore perdu, alors tu viens il parait, on va pouvoir faire des parties à trois !

_ Y’a STUQUERA avec tes lettres, du verbe stuquer, qu’est-ce tu dis de ça ?

_ Trop tard j’ai joué.

_ Comment ça t’as joui ?

_ J’ai dit que j’avais joué Bernard, joué ! Dis, j’vais pas te demander là, alors que t’arrives demain, comment était ton voyage aux Maldives, mais tu ne trouves pas ça un peu paradoxal de venir jusqu’ici alors que ta sœur rentrait pour te voir y a un mois ?

_ Mais vous me faites chier avec vos paradoxes qui n’en sont pas, c’est ma faute si Tesq il est viré ?

_ Nan j’espère pas, je disais ça comme ça, car je trouve qu’il y a de l’ironie dans la situation.

_ Bah l’ironie c’est pas un paradoxe !

_ Parfois si.

_ Nan un paradoxe par exemple, c’est les gens ils disent plus souvent qu’ils vont aux VC qu’au WC, mais ils écrivent plus souvent WC que VC, d’accord ?

_ Pourquoi tu n’viens pas maintenant ?

_ D’accord.

À Suivre

Et si vous avez raté tout ou partie, rattrapez-vous ci-dessous 

Burn épisode 9 - cafardages

Burn in January '6' Histoires de Bernard Retrand Voilà le meilleur vœu qu'on puisse lui souhaiter, Bernard a fait le vide ces jours derniers, et si son séjour aux Maldives touche à sa fin, le teint est à l'image du moral, excellent.

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