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 La suite de notre série signée Bass Blender.

Burn in  October‘29’     

Histoires de Bernard Retrand

 Les unes après les autres, de leurs feuilles les arbres se départissent, les gens marcheront bientôt dessus la canopée fauve. Depuis la baie vitrée de l’appartement, Bernard observe les oiseaux dans le hêtre nu car mort, depuis longtemps déjà. Parmi ceux-ci, une pie quichant les excès de la Francilienne, entre autres périphériques, également coincée entre trois aéroports, semble hargardement fixer Bernard pour qui l’opprobre ne s’installe mais demeure. Comment peut-on passer d’une vie quasi idyllique à cette méprise lacunaire sans reflet sinon celui de la déréliction en si peu de temps s’interroge Bernard. Ok il n’a pas pris à la légère la relation de sa sœur, est-ce pour autant une raison pour payer le prix fort de tous ses torts se demande-t-il. La symphonie de sa vie a foutu le camp, des mauvais choix il voudrait faire le ramadan, acculé par les pérégrinations vaseuses accumulées. Autre appréciation tangible, dès lors que sa sœur n’est pas là, le champ de ses interactions s’amenuise très franchement, l’autre problème réside dans l’état de la résidence. S’il a pu faire figure à l’émission, il est en train de perdre la face parmi les cadavres de Four Roses avec lequel il a vainement tenté d’étoffer la joie. S’il y a de ces jours, voire de ces semaines, où personne ne vous appelle, cela peut être dû au fait que l’on n’a pas de téléphone, mais maintenant Bernard en a trois et ce dimanche (c’est vous dire si tout fout le camp) ils ont dû se passer le mot, car la tranquillité est bien biaisée. Tout d’abord, Auchan à 8h02, pour lui dire que le magasin est ouvert ce matin, information à laquelle il a rétorqué qu’il n’allait jamais chez eux, puis à 8h06, Auchan ! Ils ne savaient plus s’ils lui avaient fait part des ouvertures du magasin les premier et onze novembre et aussi de ceux pendant les fêtes, mais pas le dimanche 26 novembre, voilà voilà. Ensuite, il y a eu le boulot pour lui signaler un petit aménagement dans le planning, puis EDF pour faire une évaluation de sa satisfaction, voilà que maintenant le portable d’Ikzarhm sonne :

_ Allô ?

_ Ah c’est toi.

_ Paëlla !

_ Bon, salut frangin, tout d’abord je ne cherchais pas à te joindre mais comme j’ai vu que ce numéro a cherché à me joindre vingt-sept fois je voulais savoir, mais je me doutais un peu. Bon ca va ?

_ Oui très bien, j’ai pas trop assuré pendant le festival, mais tu peux rentrer tu vas être fier de moi, chaque expérience amène son lot d’infos, j’ai appris que j’étais un tantinet jaloux quand on s’occupe de trop près de ma sœur mais en réalité j’aime que quelqu’un de bien t’aime et que tu sois amoureuse. C’était le temps que la pilule passe, oh en fait, c’est toi qui fais la vaisselle depuis tout ce temps ?

_ Si seulement, mais oui entre autres, on a un lave-vaisselle sinon, mais faut quand même la mettre dedans.

_ Ah bon ?

_ Puis la retirer ensuite, pis en remettre quand c’est nécessaire.

_ Pis, la, retirer, ensuite, en remettre, si nécessaire.

_ Tu fais quoi, tu répètes ce que je dis ?

_ Non je prends des notes car je l’ai jamais utilisé et je ne sais pas où on a mis le manuel.

_ Bon sinon, j’ai entendu ce que tu m’as dit, avec Jean-François on est en mode routard et tout va bien. Ça tombe bien que l’on se parle tout de même, je suis contente si tout va bien pour toi, pour nous aussi. Tu as nourri le chat ?

_ Bah il est où le chat en fait ?

_ À tout hasard, regarde derrière la fenêtre de la cuisine.

_ Ah oui bien vu.

_ T’as pu ramener la voiture sans problème ?

_ Non.

_ Ok super…

_ Bah t’as filé les clés à Mitch Stachmann, pour le coup c’est pas vraiment ma faute. Je suis rentré PHBBS.

_ Oui on a vu, y a pas mal de vidéos virales de toi qui cartonne le Youtube, moi j’ai honte pour toi mais Jean-François et son éditeur sont aux anges, les ventes de ta bio ont quintuplées, même si les critiques ne le trouvent pas assez rock’n’roll du coup, disons pas en adéquation avec l’intention pour laquelle les gens se sont mis à la lire.

_ Ils se sont mis à la lyre ! Mais pour quoi faire ?

_ Pas parce que ton public t’aime bien, faut croire.

_ Ça doit être mon côté troubadour.

_ Oui, ou ton côté trou tout court.

_ Oh bon ça va, c’est arrivé qu’une fois. Tiens, moi aussi je vais me mettre à la lyre.

_ Bah tu l’as déjà lu douze fois au moins. Oh, faut que je te dise, y a quelque chose que j’ai toujours voulu faire et que j’ai fait, devine ?

_ Le coït ?

_ Nan Bernard, comme disent les jeunes, faut pas prendre ton cas pour une généralité.

_ C’est les jeunes de notre époque qui disent ça, les jeunes d’aujourd’hui ils dabent d’abord !

_ On dit dauber.

_ Non ils font des dabs je te dis, on m’a montré comment faire quand j’rentrais en brouette.

_ Un tatouage !

_ Quoi ? T’as fait un tatouage ? Pfff, Où ? Et pis c’est quoi ?

_ Bah tu verras. Ça va le boulot ? J’ai pas suivi l’émission ces derniers temps.

_ Oui. Dis, quand même t’es pas un peu vieille pour faire un tatouage ?

_ Mais on peut faire un tatouage à tout âge !

_ C’est ça joue avec les mots, et je le verrai quand du coup ?

_ Bah je rentrerai avant les fêtes. Pour le moment on vit à Örebro, tu sais que j’ai toujours aimé la photographie, et bien on chasse les aurores boréales, c’est génial.

_ Tu me manques.

_ Oui toi aussi. On aura plein de choses à se dire quand on se reverra comme ça ! Faut positiver Bernard, c’est tout du bon ce qui arrive tu sais ?

_ D’accord. Du coup je vais t’attendre encore deux mois ?

_ J’dois y aller frangin, je t’aime, prends soin de toi.

_ Attends…

_ Nan, je suis contente qu’on se soit donné des nouvelles et j’en reprendrai bientôt si tu ne m’harcèles pas. Allez salut !

Après avoir réalisé un état des lieux poussé, le chat semble tirer la tronche à Bernard, qui lui, semble osciller entre le plaisir d’avoir renoué le contact avec sa sœur et le gouffre à l’idée de ne pas la revoir avant décembre. Le téléphone d’Ikzarhm sonne à nouveau :

_ Ouais, t’as oublié d’me dire un truc ? Si tu rentres j’fais des patates !

_ Allô Ikzarhm ?

_ Non c’est Bernard, et vous ?

_ Ici Denis parce que je voulais parler à Ikzarhm pour y dire qu’on a rendez-vous à la préfecture demain matin, vous pouvez me le passer ?

_ Ikzarhm ou Hidir ? Nan je plaisante. Vous êtes à Chaumont c’est ça ?

_ Oui, vous êtes très marrant. Voilà j’ai fini de me pâmer et je suis effectivement à Chaumont, Ikzarhm est là ?

_ Alors écoutez, il m’a filé son smartphone pour que je puisse réserver un RouyBus, et vous ?

_ Et moi quoi ?

_ Bah que voulez-vous ?

_ Joindre Ikzarhm…

_ Oui bah écoutez on a tous nos petits problèmes, moi je voulais joindre ma sœur, j’y arrivais pas depuis des semaines, voyez, chacun son tourment. Puis finalement c’est elle qui m’a appelé alors faut pas s’inquiéter finalement, ça ne sert à rien.

_ …

_ Mais attendez, Ikzarhm il n’est pas rentré dans son pays ?

_ Non monsieur. Il m’a dit qu’il avait dépanné son téléphone à un gus de la télé, j’ai pas tout compris, mais du coup vous comptez faire comment pour le lui rendre ?

_ Un gus ! Comme vous y allez, je suis Bernard Retrand, vous ne regardez pas les chiffres et les lettres ?

_ Non monsieur, tout le monde ne regarde pas la télé.

_ Bah oui, mais quand même, faut vivre sur une autre planète pour ne pas savoir qui je suis, je suis plus vieux que Téléfoot c’est dire !

_ …

_ Bon si vous voyez Ikzarhm, dites-y que j’ai aimé découvrir l’univers des applis et que j’ai tardé à lui retourné son téléphone, c’est bon ça arrive à tout le monde, j’vais y rendre, et vous ?

_ Mais et moi quoi à a fin ?

_ Bah rien pourquoi ?

_ Bah quand même si monsieur Retrand, y’a des mecs qu’ont les même idées que Wauquiez et qui, pour autant, sont plus probes que vous.

_ Ah ouais tu veux jouer aux quolibets, bah j’en ai vu défiler des bites, peut-être pas autant que ta mère, mais avec toi y’a vraiment de quoi s’amarrer, tu veux me persécuter encore longtemps ? Ok j’ai pas rendu le portable, c’est bon ?

_ À défaut d’être insultant, on va essayer d’être efficient, vous comptez le lui rendre comment ?

_ Bah il m’a donné son adresse au Kirghizistan, et vous ?

_ Moi je dis Kirghizstan déjà, ensuite si vous ne voulez pousser la pénibilité jusqu’au paroxysme, je vous en prie, n’envoyez pas ce téléphone là-bas.

Les formalités prises en considération, il va falloir se résoudre à renvoyer ce portable se dit Bernard, mais ces jeux où l’on trie des gemmes vont lui manquer bien certainement. De toute façon, Bernard en a plein le derch’ à commencer par le taf, l’ambiance y est devenue délétère qui plus est, les collègues lui mènent la vie dure en le charriant trop à son goût. Le vieux Poe moud la meilleure soupe quand il dit que « l’indifférence est le plus grand des mépris » et si Bernard a été confronté également au dédain ces temps derniers, il y aurait préféré l’indifférence, peut-être… Quant à la pie, elle trône toujours fièrement sur ce hêtre mort, elle semble lui dire qu’on ne vit que seul et qu’une fois, et que l’on ne meure que de cette façon de toute manière. Et pour le chat se demande-t-il, le chat suffit visiblement, ça semble être comme une marque de fabrique, il est indépendant, c’est quand même autre chose que la Catalogne.

À Suivre

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Burn épisode 3 - cafardages

La suite de notre série signée Bass Blender. Burn in October 14 l'histoire de Bernard Retrand Depuis l'OktoberFest, Bernard Retrand a fait du chemin, dans un sens davantage pragmatique que spirituel. Il s'est décidé il y a un peu moins d'une semaine à rentrer sur Paris en Please HELP Brouette Bourrée STOP, la mort dans l'âme car sans sœur.

http://cafardages2.canalblog.com